Dans leurs préfaces au Livre des sagesses ; l'aventure spirituelle de l'humanité (Bayard 2005), Frédéric Lenoir et Ysé Tardan-Masquelier déclarent que l'histoire de l'humanité porte la trace vivace d'homme et de femmes, appartenant aux horizons culturels les plus divers, qui affirment avoir fait une expérience radicale de l'absolue. Quel que soit le nom donné à cette absolue, qu'il soit perçu comme personnelle ou impersonnelle, tous témoignent d'une expérience unique qui a donné sens à leur vie.
Dans les traditions bouddhistes, zen, hindouiste, soufi, et dans certaines traditions spirituelles occidentales, l'éveil spirituel est le summum des réalisations humaines. Dans cette vision spirituelle du monde, il n'y a rien de plus crucial pour l'Homme de comprendre que l'éveil à sa '' nature véritable '' est la raison pour laquelle il est sur terre. Les sages comparent souvent cet éveil au réveil matinal, comme quand la conscience émerge du sommeil après une nuit de mauvais rêves.
L'éveil spirituel ou l'illumination est perçus de façons différentes tout dépendant de quelle tradition spirituelle ou quel courant new age nous venons. Certains de ces courants présentent l'éveil comme quelque chose de grandiose, comme la bodhi supérieure dans le bouddhisme Mahayana par exemple. ''Cette dernière est faite de connaissances multiples et constitue une véritable omniscience, à laquelle se mêlent des pouvoirs magiques et une multitude de caractéristiques merveilleuse. Le bodhisattva est alors un être doué des qualités les plus extraordinaires.''* Ont retrouve aussi cette vision chez les adeptes du siddha yoga et du bhakti yoga indien.
Mais depuis quelques décennies, surtout en occident, les éveillés ''ordinaire'' se multiplient, leurs promesses sont plus timides, ils projettent une image plus simple et sont un peu plus réalistes. Réaliste est peut-être un grand mot, mais du moins, on ne parle plus de pouvoir magique.
Pour Adyashanti l'illumination c'est simplement ne pas voir à travers l'ego. C'est ne pas voir la vie ou toute chose: le soi, les autres, votre chien, votre chat, votre gagne-pain... C'est ne pas voir le monde à travers les yeux de cette déformation appelée: état de conscience de l'ego....C'est pourquoi cela a été comparé à l'état naturel, naturel signifiant que ce n'est pas déformé par une lentille... c'est une perception sans lentille, sans distorsion, au final c'est ce qu'est l'illumination: une perception sans distorsion.
Dans Vivre libéré, Eckhart Tolle propose qu'il existe une dimension libérée des problèmes, de la souffrance et des conflits.
Bernard, (Deux Océans, 2003), dit que l'être libre est libéré de la personne de façon définitive et disons qu'il regarde le film de la vie de cet individu qu'il a cru être comme si c'était un rêve, sans plus.
Éric Baret lui, suggère que l'éveil, c'est l'humilité, c'est arrêter de prétendre être ceci ou cela, arrêter de prétendre être auteur, arrêter de prétendre diriger sa vie, se rendre compte que le courant des choses est là et se donner à se courant sans vouloir diriger.
Quand ont demande à Daniel Odier de parler des grands maîtres, il répond : Simples, légers, détendus, sans artifices, sans techniques, ne se prenant pour rien de particulier, authentiques. Ils restituent la connaissance à tous les êtres auxquels elle a été dérobée par les assoiffés de pouvoir.
Une fois éveillé, qu'est-ce qui se passe ?
Francis Lucille raconte : À la suite de cet éveil, nous nous trouvons libre de la peur et du désir, libre de la peur parce que, ayant réintégré notre soi immortel, le spectre de la mort nous quitte à jamais, et libre du désir parce que, connaissant la plénitude absolue de l'être, l'attraction désuète qu'exerçaient sur nous les objets cesse spontanément.
Nisargadatta, le sage de Bombay, affirme ; Pour moi, les désirs ne sont que des choses parmi d'autres, de simples nuages dans le ciel du mental, et je ne me sens en rien contraint d'agir sur eux.
Jean Klein lui, déclare que la première chose que vous remarquerez, c'est combien plus riches et plus profondes sont vos perceptions. La communication en devient d'autant plus variée. En général, nous sommes fixés dans des schémas de communication ; mais lorsque nous vivons dans l'ouverture, une grande sensibilité surgie, une sensibilité dont nous n'avons jamais rêvé.
Betty, une éveillée Québécoise dit ; Je vis sans émotion, le désir et la peur m'ont quitté définitivement, rien n'est analysé, décidés à l'avance, je vis pleinement de seconde en seconde. Le mécanisme qui me faisait me poser des questions n'existe plus, la Vie Est de seconde en seconde, tout est parfait, tout est intelligent, j'ai l'élan du "quoi faire" sans arrêt. Que ce soit pour mon travail, mes relations de couple, mes amis, mon chat, aller chercher du pain, manger, dormir, prendre soin de mon corps, tout est complet sans arrêt et tout est perçu de manière complète et parfaite. La petite personne qui était convaincue qu'il fallait tout analyser, comparer, contrôler n'existe plus.
Jack Kornfield rapporte les paroles d'un maître avec qui il a étudié : Je ne suis pas ce corps, donc je ne suis jamais né et je ne mourrai jamais. Je ne suis rien et je suis tout.
Finalement, Swami Prajnanpad ajoute que le sage voit cela comme cela est.
Personne ne peut nier que ça l'air bien l'éveil.
Je vais m'arrêter ici et attendre les commentaires, si commentaires il y a. Je veux m'assurer de partir avec une définition qui satisfait la majorité. Vous remarquer que j'ai utilisé la définition que nous offrent ceux qui disent avoir vécu cet éveil...question de rendre l'exercice un peu plus crédible et surtout question de ne pas dénaturer la notion d'éveil.
m.a
* Dict. du Bouddhisme (Albin Michel, 1999)