mardi 16 mars 2010

Démystifier la quête de l'être



S.V.P, quelqu'un, donner une copie de ce livre au Président et son cabinet immédiatement. Lisez-le à haute voix au congrès. Si ce livre ne change pas notre façon de penser, nous sommes tous voués à la damnation.

Michael Shermer sur Mistakes were made, but not by me.







Je dois admettre que j'ai vécu une grande déception quand j'ai découvert que la religion et la spiritualité ne seraient pas l'outil qui amènera les humains à devenir plus matures, heureux, empathiques et bons. J'ai toujours été estomaqué par le fait que l'homme est, d'un côté, infiniment intelligent, généreux et raffiné, mais si stupide, avide, brutal, et méchant de l'autre. Depuis mon adolescence, je suis engagé dans une recherche qui m'aiderait à comprendre pourquoi la race humaine est comme cela, s'il est possible qu'elle s'améliore un jour, et comment.

Quand j'ai commencé à suspecter que l'homo sapiens était biologiquement prédisposé à la quête spirituelle et qu'il ne s'agissait pas du tout d'un dépassement de cette biologie, je me suis retrouvé devant un vide et donc en manque de cette quête de l'être.

 Les éveillés sont sous l'impression que le savoir qu'ils ont à transmettre est le summum du savoir humain, ils sont sincèrement persuadés que les autres domaines de la connaissance ont une importance secondaire, et comme la majorité des chercheurs spirituels, l'idée de chercher ailleurs ne s'est jamais pointée dans mon esprit. Normal, puisque je possédais déjà la vérité.

J'étais tellement certain que les maîtres spirituels possédaient une véritable ''expérience de la vérité'', que l'idée que ceux-ci puissent avoir tort ne m'a jamais frôlé l'esprit. Puisque la pratique de la méditation et les exercices spirituels attestent effectivement les assertions des éveillés (sans nécessairement démontrer quoi que ce soit), il est facile de trouver confirmation à travers la sadhana (le travail, l'introspection spirituelle).

Le proverbe: celui dont le seul outil est un marteau, voit tous les problèmes en terme de clous, s'applique parfaitement bien aux éveillés, sages et maîtres spirituels, car pour eux, tous les problèmes sont vus à travers les lentilles du '' soi '', et si l'être humain était sur la voie spirituelle pour réaliser '' le soi '', les autres problèmes se règleraient d'eux-mêmes.

De nature curieuse, j'ai tranquillement découvert que des gens ordinaires offraient des réponses plus crédibles et utiles sur la nature humaine. Julian Jaynes, Matt Ridley, Robin Dunbar, Pascal Boyer, Daniel Dennett et David Buss me viennent à l'esprit
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Attention, il ne faut pas s'attendre à ce que les sciences répondent à toutes les questions, de toute façon, c'est le rôle de la religion et de la spiritualité. Aucun de ces auteurs ne prétend tout expliquer comme le font les ''éveillés ''. De plus, il faut être prêt à rester dans l'ignorance sur certains sujets, chose que l'espèce humaine ne tolère généralement pas. En fait, nous y sommes allergiques. Autre point important, transférer notre admiration pour les gourous sur les scientifiques serait un faux pas, et puis cela s'avèrerait insatisfaisant, car ils ne dégagent pas cette certitude inquiétante que les éveillés possèdent, et c'est tant mieux.

Cela ne se passe pas comme ça dans le monde spirituel, tout ce que vous avez besoin de faire est de lire L'enseignement de Ramana Maharshi, Le pouvoir du moment présent de Eckhart Tolle ou les Conversations avec Dieu de N. D. Walsh, et hop, le tour est joué....toutes les réponses vous sont données, d'un coup, comme ça, en une soirée, ce n'est-il pas génial et rassurant?

Puisque ce qui m'intéressait vraiment dans la quête spirituelle était ces promesses de compréhensions, de changements, d'améliorations et de raffinement de l'être humain, je fût ravi de voir que les recherches sur la cognition et la psychologie évolutive pouvaient satisfaire cette soif. J'aurais été foutu si mon intérêt pour la quête spirituelle résidait dans le développement de supposées facultés psychiques ou le désir de devenir un guérisseur, un guide, un gourou, ou un ''témoin de la vérité '' comme le disent si humblement les éveillés. Je ne nie pas que la pensée m'a traversé l'esprit par moments, mais ce n'était pas ce qui me motivait.

J'ai donc commencé à m'intéresser à la recherche sur l'esprit, mais en l'approchant d'un point de vue non spirituel, c'est à dire, d'un point de vue matérialiste. Au départ, il fût difficile de m'habituer à la façon que l'être humain est présenté, non pas comme une âme éternelle et toute puissante habitant un corps humain temporairement, mais plutôt comme un organisme dont se servent les gènes pour se reproduire, pour reprendre la définition de Richard Dawkins. J'étais très réticent devant cette vision si mécanique de l'être humain, mais mon désir de trouver la vérité (ou du moins, ce qui s'y rapproche le plus) m'amena à faire face à la musique, malgré l'inconfort que cela procure.

Alors que Mathieu Ricard, Eckhart Tolle, Wayne Dyer ou Osho Rajneesh expliquent tout, rassurent et gonflent l'ego à bloc, Thomas Kida, Michael Shermer, Carole Tavris ou Robert Burton, ajoute des questions, inquiètent et anéantissent indirectement l'idée que nous sommes une créature céleste.

Les deux livres suivants traitent d'un phénomène qui est sous l'oeil curieux des chercheurs en cognition appelé la dissonance cognitive. Ces livres sont épeurants et difficiles pour '' l'ego '' comme disent les gens spirituels, mais essentiels pour accepter ce que nous sommes. Au premier coup d'oeil, il n'est pas évident de voir comment les recherches contenues dans ces livres remettent en question nos expériences intérieures, par contre, pour le chercheur sincère qui saura lire entre les lignes et pour qui la vie ne repose pas sur l'espoir de l'éveil, il sera possible de faire le saut.

On Being Certain : Believing You Are Right Even When You're Not (St. Martin Press) de Robert A. Burton. (non traduit)

Burton, neurologiste, démontre que le sentiment de certitude que nous avons quand nous savons quelque chose provient de sources au-delà de notre contrôle et hors de notre champ de conscience. En fait, la certitude est une sensation mentale, plutôt que le résultat d'un processus issu de la raison. Parce que cette sensation de savoir semble être une confirmation de ce que nous savons, nous tendons à penser qu'il s'agit donc d'un produit de la raison. Mais de plus en plus d'études suggèrent que les sentiments comme la certitude proviennent de régions primitives du cerveau et sont indépendants de la réflexion active et du raisonnement. Assemblant les plus récentes recherches en neuroscience, de fascinantes anecdotes et des données expérimentales, Burton explore les inconsistances et la relation parfois paradoxale entre ce que nous savons et ce que nous croyons que nous savons.

Mistakes Were Made (but not by me) Why We Justify Foolish Beliefs, Bad Decisions and Hurtfull Act par Carol Tavris & Elliot Aronson. Les Erreurs des autres, éd. Markus Haller.

S'appuyant sur des années de recherches, Tavris & Aronson explorent de quelle façon notre cerveau est programmé pour l'autojustification, les dommages que l'autodéception peut causer, et comment cela peut être surmonté. Le livre est académique, mais accessible au public général, le matériel est illustré par des exemples provenant de la politique, du téléjournal, et de la vie de tous les jours.

Sur l'autojustification, Tavris écrit: "Comme le sable mouvant, l'autojustification peut nous faire plonger encore plus profondément vers le désastre. Cela bloque notre habileté à percevoir nos erreurs, imaginer corriger ces erreurs... Cela distortionne la réalité, et nous empêche d'obtenir toute l'information que nous avons besoin pour efficacement évaluer un sujet. Cela prolonge les désaccords entre amoureux, amis et nations. Cela nous empêche de nous débarrasser de mauvaises habitudes, et évite aux fautifs de se responsabiliser face à leurs fautes. Enfin, cela empêche bien des professionnels de changer certaines attitudes et procédures arriérées qui peuvent être nuisibles pour le public."

Mais pourquoi est-ce je dis que ces livres sont dure pour l'ego ou qu'il s'agira d'un défi pour les gens spirituels?

Entre autres, parce que les gens spirituels n'acceptent guère de se faire dire, par des matérialistes, que leur esprit leur joue des tours. Immense paradoxe, car ils l'accepteront volontiers si cela vient d'un maître spirituel. Par contre si vous leur dites que les tours que leur joue leur esprit remettent en question leurs expériences et leurs perceptions sur la spiritualité...ouf...cela serait inacceptable.

Les chercheurs spirituels ont l'habitude de se faire ''flatter dans le sens du poil'', ils ont l'habitude d'entendre qu'ils ne sont pas ce corps temporaire, qu'ils peuvent se fier à leurs intuitions, à leurs ressentis, que les évènements peuvent être contrôlés par l'esprit et que l'univers est leur terrain de jeux/d'apprentissage. Des livres comme ceux cités plus haut déstabilisent au maximum, car ils jettent un doute, non seulement sur nos raisonnements et expériences, mais aussi sur notre capacité à évaluer la validité de ces expériences intérieures.

Même si les recherches sur la cognition ne sont pas en mesure de répondre à toutes les questions, il est certainement possible de les appliquer au profit d'une quête de l'être, mais d'une quête de l'être qui se veut démystifiante.

Marc-André
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10 commentaires:

  1. Merci Marc-André d'avoir pris le temps d'écrire cet excellent billet sur ton cheminement. Il y a des points communs dans nos histoires respectives. Même si je n'ai jamais emprunté la voie spirituelle moi-même, j'ai traversé une période que je trouvais inconfortable parce que mes idées nouvelles remettaient tout en question.

    J'ai déjà acheté (mais pas encore lu) un des livres que tu as précédemment conseillé -- Guns, Germs and Steel. Je garde ceux-ci sur ma courte liste.

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  2. Merci Torrieu, donne moi ton avis sur Guns, Germs and Steel quand tu l'aura lu :)

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  3. Bonjour,

    Merci à vous pour proposer une pensée critique sur le monde de la Spiritualité...

    J'aimerai aussi vous proposer un livre dans le même genre qui pourrai je pense vous interesser
    La Pensée extrême - Comment des hommes ordinaires deviennent des fanatiques

    Et voici une revue : http://www.pseudo-sciences.org/spip.php?article1348

    BOnne continuation. :)

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  4. Vôtre billet est très intéressant, merci beaucoup.
    Je ne crois pas trouver ces deux livres dans mon pays, mais dès que je peut, je les achèterai par internet. Je parle français très mal, mais je l´adore.
    Saludos, Ana

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  5. Le livre de Tavris & Aronson vient de paraître en français sous le titre LES ERREURS DES AUTRES – L'AUTOJUSTIFICATION, SES RESSORTS ET SES MEFAITS aux Editions Markus Haller.

    Voici le lien : http://www.markushaller.com/livre/id/8/Les+erreurs+des+autres

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  6. Les idées que vous affichez comme nouvelles n'ont rien de nouveau et ne portent pas atteinte à la spiritualité. Les gens que vous visez sont de prétendus "spirituels" comme il y en a beaucoup dans le new-age et comme il en passait dans votre boutique. Ces gens existent et ont toujours existé. Ca ne remet pas pour autant en question l'expérience de l'être. Et votre neurologie n'a rien d'extraordinaire dans le paysage scientifique. Quant au livre que vous vantez, c'est un livre grand public écrit par deux psycho-sociologues.

    C'est le propre de la psycho-sociologie de traiter les phénomènes humains d'un point de vue matérialiste, concret et groupal.

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  7. permettez moi un petit supplément au risque de paraître lourd. Je connais un peu ce genre de littérature et en la découvrant vous semblez réagir comme si vous aviez trouvé la panacée. Vous accusez la "spiritualité" de se tromper et de ne pas être concrète. Pourtant, je vous met au défit, quand vous aurez lu autant de livre de psycho que de "spiritualité", d'utiliser ne serait-ce qu'1% de ce que vous aurez lu dans votre vie quotidienne, si vous vous contentez de LIRE....

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  8. S.V.P Mebahel, prenez le temps de lire le texte au complet. Il y a un paragraphe au complet sur le fait que les sciences n'est pas une panacée.

    m.a

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  9. L'institute for consciousness research , poursuivant la vision du Pandit Gopi Krighna, semble travailler à une démystification du processus déveil...et à sa compréhension en termes de la science du cerveau.

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